Officier du comte d'Armagnac, il fut mêlé
au procès du maréchal de Gié. La Rocque de Roberval
vivait à la cour auprès du Prince François
d'Angoulême qui, devenu roi de France le protégea toujours. C'est ce qui
le sauva en 1535. Converti à la religion réformée, il
fut proscrit avec d'autres protestants dont Clément Marot. II
rentra bientôt en France et vécut à la cour. Le portrait de La
Rocque de Roberval Clouet se trouve dans la collection des 310 portraits de
la cour de France, du château de Chantilly.
Mais il avait compromis sa fortune. II empruntait à ses cousins
les La Roque de Blaizins en Languedoc, La Roque en Armagnac et les
Popincourt en Picardie. L'idée de refaire sa fortune au Canada semble
lui être venue alors. En 1540, il est tout à fait rentré en
grâce auprès de François Ier. Est-il alors revenu au
culte catholique ? François Ier le nomme son « Lieutenant Général
au pays de Canada » où il le charge de
« répandre la sainte foi catholique ». Les termes de
sa commission sont formels : sa mission est de fonder une colonie où il
devra construire des églises et des villes fortifiées. Il
reçoit un subside de 45 000 £ et il a frété
trois navires : la Valentine, l'Anne et la Lèchefraye.
Des gentilshommes l'accompagneront et le roi lui donne le droit de tirer
des criminels des prisons pour commencer sa colonie. « Le 15
janvier 1541, dit l'historien Gustave Lanctot, François Ier signait la
commission qui marque la naissance de la colonisation française.» Jacques
CARTIER servira de guide à Roberval. Mais Cartier part dès
mai 1541 avec ses navires alors que Roberval ne partira que l'année
suivante. Ils se rencontrèrent à Saint-Jean de Terre-Neuve
et Cartier retourna en France malgré les ordres de Roberval.
Roberval
avait eu des difficultés pour organiser son expédition :
il avait été obligé de vendre des propriétés
et d'emprunter. Il fut à ce moment associé avec Bidoux de
Lartigue et courut la mer en pirate. L'ambassadeur
d'Angleterre se plaignit à François 1er à cause de
navires marchands anglais pris par Roberval. Le roi feignit de se fâcher
contre La Rocque. Ses préparatifs de voyage avaient inquiété
les Espagnols et un espion de Charles Quint lui apprit que le but du voyage
était le Canada. Les trois navires quittèrent La Rochelle,
pilotés par Jean Fonteneau. La traversée dura du 16 avril
au 8 juin 1542, date où Roberval rencontra Cartier à Terre-Neuve.
La navigation dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent se fit
sans autre incident que la romanesque aventure de « la parente»
de Roberval, la demoiselle Marguerite de La Roque, qui fut abandonnée
dans une île avec son amant. Roberval établit sa colonie à
Charlesbourg-Royal, au Cap-Rouge, où Cartier avait déjà
construit un fort. Le courtisan qu'était La Rocque de Roberval donna
à sa colonie canadienne le nom de France Roy et au fleuve celui
de France-Prime en l'honneur de François Ier. Un fort fut érigé
et André Thevet a écrit dans sa Cosmographie que l'on
construisit « une forte maison » et qu'une autre «fut
commencée au bord d'une rivière nommée en langue des
barbares le pays Sinagua ». Le Pays Sinagua, c'était probablement
le Saguenay.
Roberval entreprit des explorations, remonta le fleuve, essaya de franchir les
rapides de Lachine. II tenta une exploration du Saguenay où il
croyait trouver des pierres précieuses et de l'or. Ses barques montées
par 70 hommes et commandées par Lespinay, La Brosse, Longueval
et Frotté revinrent sans avoir trouvé ni royaume du
Saguenay ni pierres précieuses. Une embarcation avait sombré avec
Noirefontaine et Le Vasseur. Mais l'épreuve la plus dure fut l'hiver
dans les forts. La petite colonie fut éprouvée par le
froid, la famine et la maladie. La situation devint tragique. Il semble que
Roberval eut à réprimer des révoltes. Un passage de
Thevet le montre d'une sévérité toute calviniste :
« Le capitaine Roberval était fort cruel à l'endroit des
siens, les contraignant à travailler, autrement ils étaient
privés de boire et de manger. Si quelqu'un défaillait, il
le faisait punir. Un jour, il en fit pendre six et quelques uns qu'il fit
exiler en une île, les fers aux pieds pour avoir été
trouvés en larcins qui n'excédaient pas cinq sous. D'autres
furent fustigés pour le même fait, tant hommes que femmes.
» Si Roberval se montrait d'une sévérité terrible,
c'est que sa colonie était composée surtout de repris de
justice. Il exerça cependant son droit de grâce, en faveur
il est vrai d'un homme qui l'avait accompagné de plein gré
: Aussillon de Sauveterre, ayant tué un matelot récalcitrant,
Sauveterre reçut une lettre de rémission. Ce document, daté
du Canada le 9 septembre 1542 et portant la signature autographe «
J. F. de La Roque» est la plus ancienne et la première pièce
officielle canadienne.
Roberval paraît avoir douté rapidement du
succès de son entreprise et il envoya un navire en France avec Sauveterre et
Guignecourt, demander au roi de le secourir. Il s'embarqua avec tout son monde sur
les vaisseaux envoyés par François Ier. Sa colonie n'avait
guère duré que quelques mois. Certains historiens ont dit
que Jacques Cartier dirigeait cette expédition de secours, mais
ce quatrième voyage de Cartier au Canada est fort douteux. Dans
l'ordre du roi du 26 janvier 1543 à Aussillon de Sauveterre envoyé
au secours de Roberval, il n'est pas parlé de Cartier. Charlevoix
a prétendu que Roberval fit un second voyage en Amérique
avec « son frère Pierre de La Roque » et qu'ils périrent
dans un naufrage en 1549. Mais Roberval ne périt certainement pas
en 1549 puisqu'en 1554 il soutient un procès contre Jean de Boutillac
et son frère, qui ne se nommait pas Pierre mais Jean de La Roque,
ne courait pas les mers car il était moine et prieur de son ordre
en Normandie.
La tentative coloniale de Roberval fut
désastreuse pour lui-même, pour le Canada et même pour Jacques Cartier.
Les « pierres précieuses » ramassées sur le sol
canadien et l'or n'étaient ni des pierres précieuses et ni de
l'or « à l'épreuve par les chimistes, a dit Gustave Lanctot, l'or
se révéla pyrite de fer et les diamants du mica. Devant le creuset, les
espoirs du royaume avaient croulé en cataclysme. On ne pardonne pas
au rêve qui déçoit. Du grand oeuvre de Cartier, de ses
trois expéditions, il ne survécut en France que celui de Jacques Cartier et ce dernier eut gain
de cause. En 1555, les biens de Roberval sont hypothéqués
et son château menacé de saisie. Les lettres
patentes que le roi Henri II lui avait données pour l'exploitation
des mines de France ne paraissent pas l'avoir enrichi.
Demeuré fidèle à sa foi protestante, Jean-François
La Rocque de Roberval fut une des premières victimes des guerres
de Religion. Au sortir d'une réunion calviniste, une nuit de l'année
1560, il fut attaqué avec ses coreligionnaires et tué au
coin du cimetière des Innocents, à Paris. Les débris
de sa fortune passèrent à ses créanciers, son château
de Roberval fut racheté par son neveu Louis de Madaillan, fils de
Charlotte de La Rocque. Au XVlIle siècle ce château appartenait
au prince de Soubise. En 1817, le château de Roberval était
devenu la propriété de M. Davène de Fontaine. Complètement
transformé, le château de Roberval ne conserve plus rien de
l'aspect qu'il avait au temps de Jean-François de La Rocque. Mais
ses papiers personnels y sont conservés. Publiés par H. P.
Biggar, ces documents ont révélé une partie de la
vie de l'homme qui, au XVIe siècle, tenta de coloniser le Canada.
Ce qui est curieux dans le cas de Roberval est que sa personnalité
et son aventure canadienne ont laissé des traces dans la littérature
française du XVIe siècle. Rabelais parle de lui et l'appelle
Robert Valbringue, la reine de Navarre a raconté l'histoire romanesque
de sa parente Marguerite de La Roque, André Thevet donne de précieux
renseignements sur lui et sur sa colonie, les poètes de cour Clément
Marot et Michel d'Amboise lui ont dédié des oeuvres. Enfin,
un poème en latin, d'inspiration protestante, appelé Robervalensis
Epitaphium, fait partie d'un recueil anonyme de poésies conservé
à la Bibliotheque nationale, à Paris. Cette oeuvre rappelle
le voyage de Roberval au Canada et son assassinat en 1560.
Signature de Jean-François de La Rocque de Roberval
Voir
aussi:
Roberval,
Le Dossier complet
Roberval,
Précisions additionnelles
Voyages
et découvertes au Canada, Jacques Cartier et Roberval
Léon
GÉRIN (1946)Aux sources de notre
histoire.
Les
conditions économiques et socialesde la colonisation en Nouvelle-France
Armorial
de France, Généalogie de Roberval
Roberval, un
pirate ?
Un
texte sur Roberval écrit par Robert de Roquebrune